août 2009

28 août

un marché du hardware en panne, mais la lumière est - peut-être - au bout du tunnel

road_solutions.gifAlors que la récession s'aggrave, des indicateurs étonnamment positifs émergent de différents recoins du monde informatique. Forrester Research prévoit une baisse de seulement 3 % des dépenses informatiques cette année et Dave Aron, analyste chez Gartner, pense que contrairement à la dernière crise économique, le secteur informatique pourrait cette fois faire partie de la solution plutôt que du problème. Cependant, les nouvelles restent loin d'être bonnes, puisque cet analyste prévoit également une stabilisation des dépenses cette année, et aucune croissance des ventes de PC n'est prévue par de nombreuses sociétés d'analyse.

D'une entreprise à l'autre, des messages différents surgissent concernant l'impact de la récession sur les secteurs individuels. IBM, par exemple, a publié des résultats qui ont dépassé les attentes, avec les bénéfices de son quatrième trimestre en augmentation de 12 %, à 4,4 milliards de dollars. Pourtant, ses revenus en termes de matériel ont chuté de 18 %, ceux d'unités centrales de 6 %, et de 32 % pour les serveurs bas de gamme. Malgré ces différentes baisses, IBM souligne que le groupe recrute toujours, pendant que d'autres procèdent à des licenciements de masse.

Microsoft a notamment annoncé la suppression de 5 000 postes, dont 1 400 avec effet immédiat. Avec de mauvaises performances en termes de ventes de matériel, le géant du logiciel est lui aussi clairement concerné par la crise. L'activité Windows du groupe a été la plus touchée, avec une baisse de 8 % des revenus causée par le ralentissement des ventes de PC et le passage à des netbooks à bas prix. Intel, fabricant majeur de circuits intégrés, est également durement touché, également en raison de ventes de PC stagnantes. Le groupe a annoncé que ses bénéfices ont chuté de 90 % au quatrième trimestre et, bien que cela corresponde aux attentes revues à la baisse, l'entreprise attribue une grande partie de cette diminution à l'amortissement de sa participation d'un milliard de dollars dans l'opérateur de WiMAX, Clearwire. En ce qui concerne leur activité principale, la situation n'a rien d'idyllique non plus. La demande de puces du groupe a chuté car les fabricants de PC utilisent désormais leurs stocks plutôt de commander de nouvelles fournitures. Cela a engendré une baisse des revenus de 23 % au cours du trimestre.

On peut cependant entrevoir une lueur d'espoir dans les résultats de Google, qui ont dépassé les attentes. Au dernier trimestre, le groupe a communiqué un revenu net de 382 millions de dollars, comparé à 1,21 milliard l'année précédente. Le revenu total s'est élevé à 5,7 milliards de dollars, soit 24 % de plus que l'année précédente. La nature changeante du climat économique se reflète dans la décision de Google de supprimer les prestataires et de licencier 100 recruteurs, tout en rationalisant certains projets.

Si l'on peut en tirer des conclusions, l'expérience semble montrer qu'il va être de plus en plus difficile pour l'industrie du matériel informatique de générer des bénéfices cette année. Divers produits d'IBM ont souffert de la crise, mais son activité de service après-vente n'a subi une chute que de 4 %, ce qui laisse penser que les entreprises essaient d'exploiter ce dont elles disposent plutôt que de payer pour du matériel neuf. Les résultats de Google indiquent quant à eux que rien n'a changé pour le moment, mais nous attendons de voir l'impact qu'aura la réduction des budgets publicitaires sur cette activité. Le ralentissement que connaît actuellement eBay peut cependant nous éclairer sur le sujet. Les mois à venir ne seront sans doute pas une promenade de santé, mais à l'heure actuelle je me sentirais mieux dans la peau d'un PDG d'entreprise de service informatique que dans celle d'un patron qui essaie de vendre des puces.

24 août

La taxe carbone : une chance pour le Green IT ?

Alors que la Commission présidée par Michel Rocard prône la nécessité de mettre en œuvre rapidement la taxe carbone, et que le Premier Ministre François Fillon annonce (sur une plage souillée par les algues vertes) sa mise en place dès 2010, c'est le bon moment pour se poser la question de l'impact possible de cette mesure sur la promotion des Technologies de l'Information et de la Communication (les « TICs ») pour réduire l'empreinte carbone des entreprises.

Depuis le rapport SMART 2020 du Climate Group publié en juillet 2008, tout le monde le sait : les TICs pèsent 2% de l'empreinte CO2 mondiale (autant que les transports aériens), leur empreinte CO2 va continuer à croître d'ici 2020, mais cette croissance va générer 5 fois plus de décroissance dans les secteurs où les TICs s'appliquent, c'est-à-dire les transports, l'énergie, les bâtiments et les processus industriels. Sans oublier l'impact positif endogène de la virtualisation sur l'empreinte CO2 des systèmes d'information.

 

Thumbnail image for Thumbnail image for green-3.gifMalgré ces brillantes démonstrations, qu'a-t-on vu ces dernières années ? D'abord, certaines entreprises ont découvert la dimension environnementale du développement durable principalement grâce aux contraintes que la règlementation européenne - D3E et RoHS - leur imposait pour mieux gérer les produits en fin de vie et éviter la prolifération des substances dangereuses. Puis d'autres ont vu l'utilisation des TICs comme une belle façon de « colorer en vert » un rapport annuel passablement gris : quoi de mieux qu'une téléprésence entre Paris et Singapour, ou qu'un système de relevés des compteurs par solution machine-to-machine, pour témoigner de l'engagement de la DSI aux côtés du Président pour atteindre les objectifs de réduction de l'empreinte carbone.

Tout ceci était essentiellement du domaine du qualitatif. Des solutions efficaces certes, un ROI en général excellent - typiquement moins d'un an pour une solution de téléprésence - et une très belle citation d'un haut responsable sur les bienfaits environnementaux de la solution. Et pour partager équitablement les critiques, les fournisseurs de solutions « TIC » se contentaient d'argumentaires verts tout aussi qualitatifs tout en mettant en avant plutôt les bénéfices financiers et les gains sur l'efficacité des équipes générés par la solution.

Au tournant de l'année 2008 est apparue l'Analyse du Cycle de Vie (ACV). Cet outil permet pour un produit ou service donné permet de calculer son empreinte CO2 globale, depuis sa phase de conception, puis sa fabrication (en intégrant l'empreinte CO2 de ses composants, l'impact de leur transport, le processus de fabrication, la livraison au client, le service client), jusqu'à la phase de récupération et du traitement du produit en fin de vie. Cet ACV permet donc d'estimer - la perfection n'existe pas, trop de données devant être évaluées - l'empreinte carbone totale du produit ou du service fourni au client.

 

En matière de TIC, un produit ou un service remplace le plus souvent une autre source d'émission de CO2, par exemple dans le domaine du transport. La visioconférence réduit les besoins de déplacements de longue durée, le télétravail ceux, quotidiens, de courte durée ; le télé-relevé des compteurs supprime l'intervention physique, la gestion de flottes de véhicules réduit le nombre de Km parcourus, etc. Mais un télé-pilotage intelligent de systèmes de chauffage de locaux réduit la consommation d'énergie, la virtualisation des serveurs en réduit le nombre et donc impacte aussi positivement la consommation d'énergie, etc. Une fois que l'on a donc réalisé l'ACV du produit ou service « TIC », il convient de réaliser celle du processus ou du produit auquel il se substitue, et les résultats sont parfois spectaculaires. Dans le cas de la téléprésence, l'empreinte CO2 peut être 20 fois plus faible que celle du voyage intercontinental qu'elle remplace. Une gestion de flottes de véhicule optimisée peut réduire de 5% la quantité de carburant consommée annuellement par une entreprise de transport, et la virtualisation des serveurs fait passer le taux d'utilisation du serveur de 15% à 60%, permettant la suppression des 3/4 d'entre eux.

Donc, fournir aujourd'hui une solution TIC pour réduire l'empreinte carbone de l'entreprise veut dire fournir aussi l'outil qui permet de calculer la réduction réelle d'émission de CO2 dans le contexte particulier du client, afin qu'il puisse l'inclure dans son Bilan Carbone.

« Bilan Carbone » : le gros mot est lâché. Pour que la taxe carbone s'applique aussi aux entreprises - et pas uniquement aux particuliers sur un mode bonus-malus -, cela suppose que chaque entreprise ait une idée claire de son empreinte carbone, par division, par pays, par centre opérationnel, etc. et qu'elle se donne un objectif de réduction cohérent avec les caractéristiques de son secteur. La mise en place de la taxe carbone en 2010 va nécessiter un travail prométhéen de mise en place d'une véritable « comptabilité carbone » qui va progressivement doublonner la comptabilité financière. A quand une Direction de la Responsabilité Sociale d'Entreprise avec ses comptables, ses contrôleurs de gestion et ses auditeurs ? Certaines entreprises très en pointe ont déjà intégré dans les bonus des dirigeants une composante égale à 30% de son total, directement liée à la réduction de l'empreinte carbone de leur division ou département.

Bien sûr cette contrainte va s'appliquer aussi aux fournisseurs de solutions TIC qui, outre la comptabilité carbone, vont devoir généraliser l'Analyse de Cycle de Vie à l'ensemble de leur portfolio en 2010 pour définir la « carte d'identité CO2 » de leur produit ou service, et permettre au client d'engranger les gains liés à son utilisation. Ceux qui ne le feront pas ne permettront pas au client de comptabiliser ces gains, ce sera donc un important désavantage concurrentiel. Orange Business Services a bien entendu mis en place un programme d'extension des l'ACV à l'ensemble des nouveaux services dans un premier temps, puis à l'ensemble du portfolio.

Donc cette taxe carbone est une excellente nouvelle pour promouvoir l'utilisation des TICs dans une optique environnementale. Merci Messieurs Rocard et Fillon !

22 août

Paiement via Twitter : le pionnier TipJoy ferme

Thumbnail image for Thumbnail image for mobile_phone.gifOn ne présente plus le réseau social de micro-blogging twitter, ce que l'on connaît moins c'est qu'il est possible d'y effectuer des transactions financières. Il y a bien sûr les twitters officiels des banques (comme par exemple les Caisses d'Epargne) et ceux des systèmes « classiques » de paiement comme Amazon payments, Paypal ou MasterCard. Mais à côté de ces institutions, se sont lancés plusieurs intermédiaires comme les star-ups TipIt, TweetPay, TipJar, et feu TipJoy. On peut aussi évoquer Twollars, mais qui est sur une monnaie complètement virtuelle (sorte de bons points entre twitters).

Comment fonctionnent ces systèmes ?

En général, seule la promesse de paiement se fait par twitter sous forme de tweet (ou de Direct Message) entre le payeur et la start-up de paiement. Dans ce tweet figure aussi l'adresse twitter du bénéficiaire (@XXXX).

La start-up tient les comptes réciproques entre tous les bénéficiaires et tous les payeurs (et donne accès à ces informations par le web ou par twitter).

Ensuite le payeur doit honorer son paiement, généralement via Paypal ou AmazonPayments, entre son propre compte Paypal ou AmazonPayments et celui de la start-up. La star-up paie ensuite le bénéficiaire sur un compte Paypal ou AmazonPayments ou autres.

La start-up est une sorte de banque intermédiaire entre les payeurs et les bénéficiaires, on pourrait parler d'agrégateur de micro-paiements.

Ces systèmes se sont développés techniquement avec l'arrivée des API évolués d'AmazonPayments et de Paypal.

Quel business modèle ?

TipJoy explique sa fermeture par une valeur ajoutée trop faible. En effet en tant que tiers, sa valeur se situe entre le tarif du système de paiement sous-jacent (AmazonPayments ou Paypal par exemple) et sa propre commission tarification : on parle ici de transactions qui démarrent à 1 centime et de commissionnement en général inférieur à 10%, mais difficile de s'y retrouver quand le système support génère des couts du même ordre.

Le cas de TipJoy est emblématique car cette société a bénéficié de financement (1 million USD de capital risque), avait su trouver un positionnement (caritatif notamment) et une très bonne notoriété.

La seconde raison avancée par les fondateurs de TipJoy est que seul un système totalement intégré au réseau social peut fonctionner, afin d'assurer un minimum de volume. Il est vrai que twitter n'a pas (encore) de brique de paiement intégrée, et que Facebook lui teste la sienne depuis quelques mois.

Mais tous les espoirs ne sont pas perdus, le concurrent TipIt annonce déjà une nouvelle version de son système. Bonne chance à tous.


16 août

Déposer ses chèques via son mobile : il y a une appli pour cela (aux Etats-Unis) Deposit@Mobile

currency_dollars.gifLe chèque n'est certes pas très moderne, mais on ne peut que constater qu'il nous arrive tous d'en avoir encore à encaisser, même si c'est plus subi que volontaire. Une fois le chèque entre les mains il faut le porter à la banque pour le déposer avec un bordereau dans une urne, un automate, au guichet (si on est dans les heures d'ouverture) ou alors on l'envoie par la poste, avec en arrière plan le fait qu'il faut un certains temps pour obtenir l'argent sur son compte (les célèbres dates de valeur), bref rien de très efficace ni convivial. 

La banque USAA propose à la quasi totalité de ses clients une killer* app : via votre iPhone (et bientôt votre BlackBerry) vous faites une photo recto / verso de votre chèque (après l'avoir signé au dos) et vous transmettez. 

Tout ça en 1mn 40s d'après la démo live. Et ensuite vous détruisez le chèque ! Pas de magie derrière tout ça, simplement depuis plus d'une décennie les banques américaines ne s'échangent plus physiquement les chèques, mais simplement la ligne codée et le scan (on appelle cela l'image-chèque). 

Là où le sujet devient intéressant c'est qu'en France depuis 2002, les banques françaises sont sur un système similaire et ne s'échangent plus les chèques physiques entre elles mais seulement les images-chèques. Alors à quand une appli Depôt@Mobile ? * l'app Deposit@Mobile a été téléchargée 150 000 fois depuis son lancement il y a 3 jours

14 août

Exemple d'offre alliant Finance Islamique et marché des télécoms

"Ce billet a un but pédagogique. Il décrypte le business modèle utilisé par la banque RHB de Malaisie. Il n'exprime pas de jugement de valeur sur l'offre".


La Finance Islamique est un sujet qui monte en puissance sur la Place financière de Paris, car il existe désormais de bons experts et des cursus en France sur ces innovations.

L'annonce d'une offre alliant le marché des télécom et Finance Islamique en Malaisie ne pouvait passer inaperçue, et elle semble être une première (au moins pour moi qui ne suis pas un expert en la matière).

De quoi s'agit-il exactement ?

L'offre en question : La RHB Islamic Bank propose à ses clients particuliers des "prêts" basés sur non plus sur un métal précieux mais sur de l'air-time télécom. Bien sûr ce ne sont pas des prêts avec taux d'intérêts, puisque celà est prohibé par la Finance Islamique, mais des prêts dits "tawarruq".

D'après le glossaire de PLC Finance "tawarruq" est "une méthode où une institution financière (directement ou indirectement) achète un avoir et le vend immédiatement à son client avec un paiement différé dans le temps.Le client vend alors cet avoir à un tiers contre un paiement immédiat. Le résultat est que le client reçoit le montant en cash et doit rembourser à la date différée, avec une marge pour la banque. Généralement ce type de "prêts" est basé sur des marchandises ou matières premières facilement négociables comme le platine ou le cuivre (à noter que l'or et l'argent ne sont pas autorisés car considérés comme des monnaies par les autorités religieuses)." (nb: traduction libre par l'auteur de cette note)

L'innovation de la banque RHB est d'avoir remplacé le platine ...par de l'air time telecom. Pour celà elle s'est associée à deux acteurs malaysiens des télécoms : e-Pay qui gère le rechargement de comptes télécoms (top-up, etc) et Sedania Media Group qui diffuse des offres mobiles.

D'un point de vue pratique :

1) RHB bank achete à e-Pay de l'air time en gros

2) le client de RHB bank achète à RHB bank de l'air-time (correspondant à la somme qu'il souhaite obtenir) contre un paiement différé à une date ultérieure.

3) le client de RHB bank vend son air time à Sedania contre du cash immediatement.

Pour réduire les couts de traitement administratifs, les mouvements de comptes se font par SMS. RHB estime à 30% l'économie réalisée par le quasi "zero-papier" lié à l'utilisation du SMS.

RHB prévoit de diffuser l'équivalent de 40 millions d'euros en une année via ces tawarruq basés sur l'air-time télécom.

Voici donc un exemple de ce que Finance Islamique et Télécom peuvent faire, gageons que ce type d'offre dépassera les frontières de la Malaisie.

 

 

référence : source Business Times http://www.btimes.com.my/Current_News/BTIMES/articles/RB12/Article/index_html

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